Archive for the ‘Wikipedia’ Category.

Journées du patrimoine sur Wikipedia : une fausse bonne idée

Si vous avez visité Wikipedia ces derniers jours, vous n’avez pas pu manquer le gros bandeau d’annonce en haut de chaque page, qui vous invitait à prendre des photos pour illustrer Wikipedia à l’occasion des Journées du patrimoine. Je suis pour le moins dubitatif devant cette initiative. Sur le principe, bien entendu, je ne peux qu’être d’accord : inciter les lecteurs à participer à Wikipedia est une noble cause, et leur proposer de faire ce premier pas en partageant des photos à l’occasion des journées du patrimoine est une excellente idée. Mais dans la pratique, la mise en place a été calamiteuse.

Appel aux internautes

L’appel a été fait par le biais du « sitenotice », c’est à dire l’emplacement réservé, en haut de chaque page de Wikipedia, aux annonces majeures. Une telle exposition a entraîné une reprise de l’appel par des sites à fort trafic comme ecrans.fr, 01.net et le Standblog de Tristan Nitot. La page en question a reçu plus de 26000 visites en quatre jours.

Le problème est que cette opération a été improvisée à la dernière minute. Certes, l’idée est louable ; on peut partir du principe que « ça ne coûte rien d’essayer » et qu’« on verra bien si ça marche ». Mon opinion est que, justement, non seulement ça n’a pas marché (50 clichés obtenus pour 26000 visites), mais en plus, ça a coûté d’essayer.

Ergonomie de Commons

Tenter de recruter des participants en leur proposant de partager leurs photos est une excellente idée sur le papier : partager ses photos est plus simple que d’aller faire des recherches en bibliothèque et de passer des heures à rédiger un article sur un sujet complexe. Mais voilà : l’ergonomie du procédé d’import de fichiers multimedia est extrêmement pauvre ; même les participants réguliers de Wikipedia évitent Commons pour cette raison. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que la Ford Foundation a accordé une bourse de 300 000$ à la Wikimedia Foundation pour améliorer l’ergonomie du téléchargement de fichiers.

Afin d’éviter de décourager les bonnes volontés, j’ai donc suggéré de n’afficher l’appel que pour les « utilisateurs enregistrés », c’est à dire les participants de Wikipedia ou les lecteurs qui ont créé un compte. Les participants actuels sont habitués à la complexité du processus d’import de fichier multimedia sur Commons. Techniquement, la modification était triviale ; l’objectif était de ne pas faire peur aux possibles nouvelles recrues en les confrontant à la complexité du processus d’import de fichier multimedia.

Ma suggestion a été ignorée. Par contre, l’initiateur de cette opération, qui avait lui aussi pris conscience de ce problème, a proposé une alternative : que les internautes puissent envoyer par e-mail les photos qu’ils prendraient au cours de leurs visites du week-end. Et là, je ne peux m’empêcher de tiquer.

Envoyer les clichés par e-mail : un nid à problèmes

L’envoi par e-mail pose un certain nombre de problèmes :

  • des problèmes légaux : qui est responsable en cas de problème ? Le modèle actuel de Wikipedia est que chaque internaute qui modifie une page ou importe un fichier est responsable de ses actes. Si un bénévole importe sur Wikipedia une image envoyée par e-mail par une autre personne et l’image s’avère violer le droit d’auteur, qui est responsable ? Ce type de fonctionnement met le bénévole dans une situation juridique inconfortable.
  • des problèmes techniques : l’e-mail n’a jamais été adapté pour envoyer ou recevoir des photos. Il y a quelques années, quand les modems bas débit étaient encore la norme pour la majorité des foyers, il était inconcevable d’envoyer plus d’une ou deux photos en pièce jointe par e-mail, et ce même si les fichiers étaient moins volumineux qu’aujourd’hui. En 2009, le haut débit s’est davantage répandu, mais les appareils photo numériques ont également progressé ; la taille actuelle des photos générées par les appareils photo numériques est généralement de 4 à 5 Mo par photo. Par ailleurs, rares sont les messageries qui autorisent des pièces jointes de plusieurs mega-octets (en envoi comme en réception).
  • des problèmes de ressources humaines : même si les serveurs de messagerie de la Wikimedia Foundation peuvent tenir la charge, qu’en est-il des ressources humaines bénévoles pour traiter tout le courrier entrant ? Les courriers régulièrement envoyés à la Wikimedia Foundation sont traités par les bénévoles de « l’équipe OTRS », qui doit son nom à l’outil utilisé pour gérer ce courrier. En tant que l’un des gestionnaires du système OTRS de Wikimedia, je m’assure régulièrement que les réponses aux e-mails sont envoyées dans un délai suffisamment court. L’opération des journées du patrimoine a été lancée sans concertation aucune avec l’équipe OTRS, qui doit maintenant faire face à l’afflux (heureusement restreint) des photos envoyées. C’est un peu comme si, pour votre fête d’anniversaire, vous disiez à vos invités d’aller garer leur voiture chez votre voisin, parce que vous n’avez pas assez de place chez vous, mais sans lui demander son avis.

Le dernier problème (et non le moindre) que je vois avec l’opération telle qu’elle a été menée est qu’elle donne l’illusion d’un changement de modèle de Wikipedia, où désormais l’internaute soumet un contenu qui est accepté ou pas par l’équipe de Wikipedia. Illusion d’ailleurs marquée par l’article d’ecrans.fr, qui indique que « les administrateurs proposent d’envoyer directement ses clichés [par e-mail] ». Les « administrateurs » ne proposent rien du tout ; les administrateurs n’ont pas de responsabilité éditoriale ou manageriale, ils ne sont que des participants comme les autres qui ont juste accès à quelques outils techniques supplémentaires de maintenance. Et en aucun cas le rôle des administrateurs n’est de valider a priori ou non les contenus photographiques soumis par les internautes. Le rôle des administrateurs est de supprimer a posteriori les contenus non acceptables qui sont portés à leur attention par la communauté. Il est impératif d’éviter la confusion avec un système modéré a priori, surtout dans le contexte actuel de l’activation prochaine des Flagged Revisions sur Wikipedia en anglais, qu’un grand nombre de journaux présentent comme un changement du modèle de Wikipedia.

Wikipedia n’a pas d’échéance à respecter

Ce n’est pourtant pas comme si les initiatives similaires manquaient : Wikiportret est une plate-forme lancée par Wikimedia Nederland où les internautes peuvent proposer leurs photographies de célébrités ; PikiWiki est un projet de Wikimedia Israel destiné à faciliter le partage sur Commons de photos d’archives conservées dans les greniers. Mais voilà, l’opération « Journées du Patrimoine » sur Wikipedia n’a pas été préparée ; elle a été organisée à la va-vite, à la dernière minute, avec les moyens du bord.

Parfois, il est préférable de réfléchir un peu plus avant de se lancer dans une opération de ce genre. Wikipedia n’a pas d’échéance à respecter ; ce n’est pas un drame si les articles des monuments français restent peu illustrés pendant encore un an. D’ici un an, le projet Multimedia Usability aura, je l’espère, considérablement amélioré l’ergonomie du processus d’import de fichier multimedia ; il sera alors temps de recruter de nouveaux participants.

Anh Đào Traxel et diffamation sur Wikipedia

Le Parisien a publié un article sur le lancement d’une enquête pour diffamation dont la victime est Anh Đào Traxel, la fille adoptive de Jacques Chirac, et dont le médium est la biographie qui lui est consacrée sur Wikipedia. Je vais m’abstenir de conjecturer sur les faits, l’enquête est là pour ça. Je passe également sur les erreurs habituelles des journalistes, comme la propulsion de Julien Fayolle en « responsable de la Wikimedia Foundation », alors qu’il n’est que vice-président de l’association française des utilisateurs de Wikipedia.

Ce qui m’intéresse est la réaction de l’intéressée :

À travers sa plainte, la fille de cœur des Chirac veut faire bouger la législation autour d’Internet. « N’importe qui peut écrire n’importe quoi sur une personne dans le but de lui nuire et de la salir sans qu’il soit mis en place de système de contrôle, déplore-t-elle. Ce mal peut surprendre toute personne à n’importe quel moment et détruire ses actions ou son honorabilité. Une autorité de régulation spécifique à l’emploi d’Internet est plus que nécessaire à l’avenir. »

C’est typique : à chaque fois que quelqu’un fait les frais, sur Internet, d’un plaisantin ou d’une personne mal intentionnée, il en appelle à la mise en place d’un « système de contrôle », d’une « autorité de régulation ». Il serait temps de se rendre compte qu’il ne sera jamais possible de mettre en place une structure de contrôle a priori des publications sur Internet. L’éducation des citoyens ne se fait pas en restreignant leur liberté d’expression, mais en leur faisant réaliser que leurs actions ont des conséquences, que ce soit sur Internet ou ailleurs.

On entend régulièrement dire qu’« Internet est une zone de non-droit » (Nicolas Sarkozy, Christine Albanel); ce mythe est perpétué, souvent par des personnes peu familières avec Internet ou l’informatique en général ; et quand on ne connaît pas quelque chose, on en a peur. Internet est alors qualifié de « ‘Far West’ high-tech » (Nicolas Sarkozy), de « poubelle de l’info » (Alain Finkelkraut) ou encore de « tout-à-l’égout de la démocratie » (Denis Olivennes). En présentant Internet comme une jungle où la loi ne reigne pas, il est d’autant plus facile de faire avaler au citoyen des couleuvres aussi grosses que la loi « Hadopi » (mouture 1 ou 2, au choix). On en a vu un nouvel exemple récemment avec les réactions de l’UMP à propos du « buzz » médiatique autour du dérapage de Brice Hortefeux ; Jean-François Copé a parlé de la nécessité d’un « débat public sur la question d’Internet et de la liberté » et a déclaré qu’Internet était un « danger pour la démocratie ».

Or, le fait est qu’Internet n’est pas une zone de non-droit. L’enquête annoncée par le Parisien est la preuve que justement, les personnes mal intentionnées ne sont pas plus à l’abri sur Internet qu’ailleurs. De manière analogue, le plaisantin qui avait annoncé sur Wikipedia la mort de Philippe Maneuvre avait été retrouvé à l’issue d’une enquête, et je doute qu’il recommence de sitôt.

Mise à jour : Vous pouvez également lire l’article Non, la fille de Chirac ne porte pas plainte contre Wikipedia.

Wikipedia se fait un lifting (phase de test)

Il y a quelques jours, j’avais indiqué une astuce technique pour prévisualiser la nouvelle apparence de Wikipedia (appelée « Vector ») sur laquelle travaille actuellement l’équipe de la Wikipedia Usability Initiative. Vous pouvez désormais l’activer dans les préférences de votre compte utilisateur, onglet « Apparence », cochez « Vector » et sauvegardez.

Vous pouvez également tester la barre d’outils améliorée (en mode « modification »). Pour cela, toujours dans vos préférences, onglet « Fenêtre de modification », cochez « Activer la barre d’outils améliorée » et sauvegardez.

Si vous ne possédez pas encore de compte, vous pouvez en créer un en quelques secondes et suivre ensuite la même procédure. Si vous êtes un contributeur régulier ayant personnalisé son « monobook », n’oubliez pas de renommer votre monobook.js ou monobook.css en vector.js et vector.css respectivement.

L’apparence est encore en phase de test, n’hésitez pas à rapporter les bugs que vous rencontrez.

Michael Jackson et sa Death Note dans Wikipedia

Cet article est à mi-chemin entre mon précédent billet, dans lequel j’évoquais le phénomène de reblogging, et mes ronchonnements habituels sur les gens (journalistes, blogueurs et « intellectuels » autoproclamés) qui publient des âneries sans vérifier leurs faits. Le ronchonnement du jour concerne le vandalisme de la « Death Note », publié sur la biographie de Michael Jackson sur Wikipedia.
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Consanguinité bloguesque, ou le phénomène de reblogging

Où l’on s’interroge sur les causes poussant un certain nombre de blogueurs à reprendre, sans même la commenter, une information déjà publiée ailleurs par quelqu’un d’autre.

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