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Stratégie de développement logiciel: Wikimedia & MediaWiki

De part la nature de mon travail, j’écris surtout des articles en anglais en ce moment. Je viens notamment de publier une série d’articles extraits d’un mémo technique que j’ai rédigé récemment. Cet ensemble de recommandations concerne essentiellement la stratégie de développement du logiciel MediaWiki au sein de la Wikimedia Foundation. Pour ceux que ça intéresse, voici les liens :

Je ne prévois pas dans l’immédiat de rédiger un résumé en français, car je ne suis pas sûr que de nombreux francophones soient intéressés.

{{Référence nécessaire}}, ou comment Wikipedia développe l’esprit critique de ses auteurs

Dessin comique représentant un homme politique, sur une estrade, donnant un discours. Un membre de l'assemblée tend un panneau « citation needed » à l'adresse de l'orateur

Wikipedia protester. Randall Munroe, CC-by-sa

Ça a commencé par une mention courte dans certains articles de Wikipedia : [citation needed]. En français, [référence nécessaire]. Ces deux mots, ajoutés à la suite d’affirmations particulièrement sujettes à caution, servent à indiquer qu’aucune source n’est pour le moment fournie concernant la provenance de cette information. Wikipedia étant modifiable par tout internaute, il est important de préciser ces sources, car elles permettent au lecteur d’évaluer la fiabilité du contenu.

C’est ensuite devenu une private joke, une blague comprise uniquement des initiés. On a ainsi vu des autocollants [citation needed] apposés sur des affiches, dans la rue, à la suite d’affirmations particulièrement péremptoires.

Xkcd, une célèbre bande dessinée sur Internet, a également consacré une planche à ce sujet (l’une de mes favorites). On y voit, lors d’un discours politique, un membre de l’assemblée tendre un panneau [citation needed] à l’adresse de l’orateur, l’invitant ainsi à fournir des références pour étayer ses affirmations et ses promesses (voir plus haut).

Panneau publicitaire représentant un burger. La publicité comporte un texte vantant les mérites du burger. Un autocollant avec le texte « citation needed » a été collé sur la publicité, à la suite du texte.

Burgers built with what you love (citation needed). Matt Mechtley, CC-by-sa

Je pense que la volonté, parfois même la manie, d’indiquer la source des informations ajoutées dans les articles de Wikipedia a un effet profond sur ses auteurs. C’est une impression que j’ai particulièrement ressentie lors des différentes rencontres avec des Wikimédiens, de France ou d’ailleurs. Ils ont souvent les mêmes réflexes, la même tendance à immédiatement exercer leur esprit critique face à n’importe quelle information.

Malgré la quantité de reproches que l’on peut faire à Wikipedia, il est au moins une influence positive que l’on doit lui reconnaître : au milieu de la quantité d’information prémâchée, prépensée que l’on subit à la télévision, la radio et sur Internet, participer à Wikipedia incite à développer et utiliser son esprit critique. En ce sens, Wikipedia crée une nouvelle génération de citoyens éveillés, qui exercent leur esprit critique face à l’information, notamment en cherchant à savoir d’où elle vient et si elle est fiable.

Ainsi, lors de la rédaction de ma thèse de doctorat, en particulier le premier chapitre, dédié à l’analyse du contexte et du travail existant, je me suis rendu compte à quel point les habitudes de « sourçage », héritées de la rédaction d’articles dans Wikipedia, faisaient maintenant partie de ma façon d’écrire. Je me sentais obligé de justifier toute affirmation par sa source : l’ouvrage, l’article de revue, le travail de référence qui permet à quiconque de vérifier les faits et éventuellement d’approfondir le sujet. Cette démarche paraît normal, car il s’agit de l’idéal de la rédaction scientifique ; pourtant, de nombreux livres, mémoires ou articles scientifiques ne font pas preuve de la même rigueur.

Certains pourront arguer que ce sens critique était déjà développé chez les Wikipédiens avant même qu’ils ne commencent à participer, et que cette catégorie de la population est plus facilement attirée par le concept de Wikipedia. Si c’est le cas, j’en suis un parfait contre-exemple. Il est vrai que j’ai également bénéficié d’une formation scientifique qui encourage la rigueur d’esprit mais, scientifique ou non, avant de m’impliquer dans Wikipedia, je n’avais pas le réflexe de mettre autant en question l’information qui m’environnait.

Pour finir, je dois reconnaître que rédiger des articles dans Wikipedia n’est pas l’unique facteur de mon changement de comportement face à l’information. En effet, il faut dire qu’à force de lire et d’entendre les aberrations proférées sans relâche par les journalistes (à propos de Wikipedia notamment, mais pas seulement), ma confiance en la presse en a pris un sacré coup. Voire même, a été totalement anéantie.

Licence libre, œuvre libre de droits, droits gérés, domaine public : mise au point

Collage de photographies avec effet « polaroïd »

Collage de photographies sous licence libre ou dans le domaine public

En anglais, « free » signifie à la fois « libre » (comme dans freedom, liberté) et « gratuit » (comme dans free sample, échantillon gratuit). Cette ambiguité a toujours rendu la vie difficile aux personnes qui tentent d’expliquer ce qu’est le logiciel libre ou le contenu libre. Un logiciel libre n’est pas forcément gratuit, et un logiciel gratuit n’est pas forcément libre.

Les francophones s’estiment souvent bien contents de ne pas avoir ce problème d’ambiguité ; expliquer ce qu’est une licence libre est suffisamment compliqué pour ne pas, de surcroît, rajouter des ambiguités sémantiques.

Le problème est que les francophones ont leur propre ambiguité, basée sur l’expression « libre de droits ». « Libre de droits » est une traduction de l’anglais « royalty-free » qui désigne un système de gestion des redevances, utilisé dans le domaine de l’édition et de la presse. Il s’oppose généralement au système de « droits gérés » (« rights managed », en anglais). Aucun de ces termes n’est synonyme de « gratuit ». Il faut payer l’auteur pour utiliser une œuvre « libre de droits » ou soumise à un système de « droits gérés ». « Libre de droits » ne veut pas non plus dire « domaine public ». Tentative d’explication :

  • Œuvre « libre de droits », ou plus exactement, « libre de redevance » : chaque utilisateur paye à l’auteur, une fois pour toutes, une redevance unique. En échange, l’auteur autorise l’utilisateur à utiliser l’œuvre autant de fois qu’il veut. L’utilisateur est cependant lié par un contrat qui lui est propre ; si un autre utilisateur veut utiliser l’œuvre, il doit également s’acquitter d’une redevance envers l’auteur.
  • Œuvre soumise aux droits gérés : chaque utilisateur négocie avec l’auteur une compensation financière pour chaque utilisation.
  • Œuvre sous licence libre : l’auteur autorise explicitement tout utilisateur à réutiliser l’œuvre, autant de fois qu’il veut, pour tout usage, y compris commercial : quiconque est libre de rediffuser l’œuvre, de la modifier, de la vendre, etc. L’autorisation est donnée a priori par l’auteur, et il n’est pas nécessaire de lui demander sa permission pour utiliser l’œuvre.
  • Œuvre dans le domaine public : l’œuvre n’est plus protégée par le droit d’auteur (en France, parce que l’auteur est mort depuis plus de 70 ans). Quiconque peut donc réutiliser l’œuvre comme il lui plaît1.

Dans les articles de presse consacrés à Wikipedia ou Wikimedia Commons, les média parlent souvent de contenu « libre de droits » quand, en réalité, ils veulent parler de licence libre. L’erreur est facile à commettre, en particulier pour les journalistes et les maisons d’édition, qui ont souvent recours au système de redevance ou de droits gérés (ou alors, ils abusent de la mention « droits réservés »).

Ça n’en reste pas moins une erreur.

Notes

  1. Le contexte général est ici celui du droit d’auteur français, et en particulier du droit patrimonial, qui est celui qui nous intéresse lorsqu’on parle de redevance et de compensation financière. Le droit d’auteur français comporte également un volet sur le droit moral, que je n’aborde pas ici.

Questions/réponses IRC sur le Multimedia usability project

Le Multimedia usability project suscite l’intérêt de nombreux Wikimédiens, et les questions posées sont très souvent les mêmes. Je voudrais répondre à autant de personnes que possible, mais d’un autre côté je dois aussi limiter le temps passé à communiquer avec la communauté. Un bon medium pour ce genre de questions/réponses est les « IRC office hours », un rendez-vous hebdomadaire durant lequel un employé de la Wikimedia Foundation répond aux questions qui lui sont posées sur IRC.

Par conséquent, je serai disponible sur IRC pour répondre aux questions relatives au Multimedia usability project ce jeudi 4 février 2010 à 17h00 UTC. Vous pouvez utiliser l’outil Fixed time world clock pour vérifier l’heure dans votre fuseau horaire (il sera 18h à Paris). Rejoignez-nous sur le canal #wikimedia-office sur Freenode en utilisant votre client IRC favori; vous pouvez également utiliser une passerelle web IRC comme le webchat de Freenode ou la passerelle du Wikizine. Choisissez un nom d’utilisateur et entrez le nom du canal (channel: #wikimedia-office).

La séance de questions/réponses sera en anglais.

Retour sur scène

Golden Gate Bridge, vu de dessous, depuis la rive sud

Golden Gate Bridge, Rodefeld, CC-by

Les dernières semaines ont été assez occupées pour moi. J’ai notamment déménagé de Toulouse, en France, pour San Francisco, en Californie. Ce déménagement est la conséquence de mon recrutement par la Wikimedia Foundation (l’organisation derrière Wikipedia) où je travaille maintenant comme Product Manager pour le projet de Multimedia Usability.

Ma connexion Internet personnelle vient tout juste d’être installée ; les articles sur ce journal devraient donc retrouver un rythme plus régulier. J’ai quelques brouillons en cours de rédaction, ainsi que de nombreuses informations liées à mon travail à la Fondation. En attendant, je vous invite à lire le résumé publié aujourd’hui sur le blog de la Wikimedia Foundation (en anglais).