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Licence libre, œuvre libre de droits, droits gérés, domaine public : mise au point

Collage de photographies avec effet « polaroïd »

Collage de photographies sous licence libre ou dans le domaine public

En anglais, « free » signifie à la fois « libre » (comme dans freedom, liberté) et « gratuit » (comme dans free sample, échantillon gratuit). Cette ambiguité a toujours rendu la vie difficile aux personnes qui tentent d’expliquer ce qu’est le logiciel libre ou le contenu libre. Un logiciel libre n’est pas forcément gratuit, et un logiciel gratuit n’est pas forcément libre.

Les francophones s’estiment souvent bien contents de ne pas avoir ce problème d’ambiguité ; expliquer ce qu’est une licence libre est suffisamment compliqué pour ne pas, de surcroît, rajouter des ambiguités sémantiques.

Le problème est que les francophones ont leur propre ambiguité, basée sur l’expression « libre de droits ». « Libre de droits » est une traduction de l’anglais « royalty-free » qui désigne un système de gestion des redevances, utilisé dans le domaine de l’édition et de la presse. Il s’oppose généralement au système de « droits gérés » (« rights managed », en anglais). Aucun de ces termes n’est synonyme de « gratuit ». Il faut payer l’auteur pour utiliser une œuvre « libre de droits » ou soumise à un système de « droits gérés ». « Libre de droits » ne veut pas non plus dire « domaine public ». Tentative d’explication :

  • Œuvre « libre de droits », ou plus exactement, « libre de redevance » : chaque utilisateur paye à l’auteur, une fois pour toutes, une redevance unique. En échange, l’auteur autorise l’utilisateur à utiliser l’œuvre autant de fois qu’il veut. L’utilisateur est cependant lié par un contrat qui lui est propre ; si un autre utilisateur veut utiliser l’œuvre, il doit également s’acquitter d’une redevance envers l’auteur.
  • Œuvre soumise aux droits gérés : chaque utilisateur négocie avec l’auteur une compensation financière pour chaque utilisation.
  • Œuvre sous licence libre : l’auteur autorise explicitement tout utilisateur à réutiliser l’œuvre, autant de fois qu’il veut, pour tout usage, y compris commercial : quiconque est libre de rediffuser l’œuvre, de la modifier, de la vendre, etc. L’autorisation est donnée a priori par l’auteur, et il n’est pas nécessaire de lui demander sa permission pour utiliser l’œuvre.
  • Œuvre dans le domaine public : l’œuvre n’est plus protégée par le droit d’auteur (en France, parce que l’auteur est mort depuis plus de 70 ans). Quiconque peut donc réutiliser l’œuvre comme il lui plaît1.

Dans les articles de presse consacrés à Wikipedia ou Wikimedia Commons, les média parlent souvent de contenu « libre de droits » quand, en réalité, ils veulent parler de licence libre. L’erreur est facile à commettre, en particulier pour les journalistes et les maisons d’édition, qui ont souvent recours au système de redevance ou de droits gérés (ou alors, ils abusent de la mention « droits réservés »).

Ça n’en reste pas moins une erreur.

Notes

  1. Le contexte général est ici celui du droit d’auteur français, et en particulier du droit patrimonial, qui est celui qui nous intéresse lorsqu’on parle de redevance et de compensation financière. Le droit d’auteur français comporte également un volet sur le droit moral, que je n’aborde pas ici.

Aidez à rendre plus facile l’ajout d’images sur Wikipedia

Dans le cadre du projet Multimedia Usability, qui vise à rendre plus facile l’utilisation de Wikimedia Commons et le processus d’import de fichiers multimedia dans Wikipedia, je cherche des personnes habitant sur Paris ou Toulouse, disponibles cette semaine ou la semaine prochaine, qui accepteraient de me recevoir pour une courte discussion d’une heure maximum. L’objectif est que vous me montriez comment vous utilisez Commons ou quels sont les problèmes que vous rencontrez pendant son utilisation.

Je recherche en particulier des utilisateurs avec les profils suivants :

  • Utilisateurs réguliers de Commons
  • Utilisateurs de Wikipedia n’utilisant Commons que de temps en temps, ou jamais
  • Photographes utilisant d’autres sites de partage de photos (par exemple flickr) mais pas Commons.

Si cela vous intéresse, je vous invite à vous inscrire ci-dessous ou à me contacter en privé par e-mail à l’adresse gpaumier <remplacez ceci par un arobase> wikimedia.org. Si vous avez un autre profil mais souhaitez vous inscrire, n’hésitez pas.

J’aimerais souligner que l’amélioration de Commons dépend vraiment de la connaissance que nous avons des utilisateurs. Sans votre aide, nous ne pouvons pas aller très loin.

Merci d’avance !

Nouveau job : Multimedia Usability Product Manager

Vous avez peut-être remarqué une baisse significative du rythme de publication sur ce journal depuis quelques semaines. De façon générale, je ne publie un article que quand j’ai quelque chose à dire, et pas uniquement parce que c’est bon pour le pagerank. Cependant, dans les dernières semaines, ce n’est pas le manque de sujets qui m’a retenu, mais plutôt le manque de temps.

En effet, depuis le 13 octobre, je travaille à temps plein pour la Wikimedia Foundation en tant que Product manager pour le projet de Multimedia Usability. Il vise à améliorer l’ergonomie de Wikimedia Commons et du processus d’import de fichier (qui en ont bien besoin), afin de rendre plus facile la participation et le partage de fichiers multimedia sur Commons (et Wikipedia). Sous le nom barbare de Product manager se cache tout simplement le travail consistant à analyser les besoins des utilisateurs, identifier les problèmes majeurs et élaborer les spécifications et améliorations du système ; en un mot, effectuer le design au sens large. L’implémentation logicielle est ensuite confiée à un développeur, qui constitue la deuxième moitié de l’équipe constituant le projet.

Le projet de Multimedia Usability, qui doit durer un an, est réalisé grâce à une bourse obtenue par la Wikimedia Foundation auprès de la Ford Foundation. Je travaille pour le moment à distance, en attendant de déménager à San Francisco, où sont situés les bureaux de la Wikimedia Foundation. Le déménagement devrait avoir lieu début décembre, selon le délai que mettra le visa à être approuvé.

Je suis bien entendu extrêmement content de pouvoir travailler à améliorer Commons, qui est probablement mon projet préféré. Wikipedia m’a amené à travailler sur Commons et, comme je le disais il y a quelques temps, Commons m’a amené à vraiment m’intéresser à la photographie (et d’après les commentaires, je suis loin d’être le seul Wikimédien qui soit devenu photographe grâce à Commons).

Pour en savoir plus sur le projet Multimedia Usability, vous pouvez consulter l’espace dédié sur le wiki de l’équipe Usability. Tout le travail effectué et prévu y est documenté afin de permettre l’information et l’implication des personnes qui le souhaitent. Je vais également publier plus souvent des articles liés au projet sur mon journal en anglais, étant donné que le lectorat potentiel est international.

Pourquoi ajouter des images à Wikipedia est compliqué

Vous connaissez probablement Wikipedia, le célèbre projet d’encyclopédie sur Internet, dont le contenu est librement accessible et réutilisable par tous, et rédigé par les internautes. Wikipedia est disponible dans plus de 200 langues. Vous connaissez peut-être moins Wikimedia Commons (souvent simplement appelé Commons), qui est le répertoire d’images, vidéos et sons associé à Wikipedia. Commons est un site multilingue qui héberge la plupart du contenu multimedia ensuite utilisé et affiché sur Wikipedia. Comme pour Wikipedia, les photographies, schémas, cartes, vidéos et sons qui constituent le contenu de Commons sont créés et importés par les internautes. Mais le processus d’import de fichier est actuellement extrêmement complexe, ce pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, la nature multilingue de Commons rend difficile les discussions entre participants. La lingua franca est naturellement l’anglais, qui est utilisé par défaut à nombre d’emplacements. Le système de classification des fichiers de Commons repose ainsi sur des catégories disponibles uniquement en anglais. Les participants qui ne sont pas à l’aise avec l’anglais sont donc rebutés par son omniprésence sur Commons.

Ensuite, la plupart des nouveaux participants n’ont aucune idée de ce qu’est une licence (libre ou non) et sont découragés par la complexité de l’interface. Alors que la plupart des autres sites de partage de photos ou vidéos proposent une interface simple, claire et efficace, Commons assaille le participant de questions visant non seulement à établir le statut légal de son fichier, mais également ce qu’il représente, où il a été créé, sa place dans le système de classification, etc. Il est vrai que la particularité de Commons (ne proposer que du contenu librement réutilisable) rend nécessaire certaines vérifications, mais il existe des moyens plus simples de les effectuer, sans effrayer l’utilisateur avec un formulaire aussi compliqué qu’une déclaration d’impôts (j’exagère à peine).

La communauté de participants de Commons est assez particulière, au sens où elle est majoritairement constituée de participants à d’autres projets Wikimedia (tels que Wikipedia), qui souvent ne viennent sur Commons que ponctuellement, pour importer ou chercher quelques fichiers; rares sont les contributeurs qui participent vraiment activement à Commons. Le contenu de Commons a grossi à un rythme effréné, mais la communauté de participants n’a pas suivi et se trouve actuellement dépassée par l’afflux de contenu. Ce problème n’arrive généralement pas sur Wikipedia, où le contenu grossit au même rythme que la communauté qui le rédige.

Cette différence de rythme de croissance entre le contenu et la communauté est, selon moi, à l’origine d’une large part des problèmes que rencontrent actuellement les nouveaux participants pour partager leurs fichiers. En effet, la seule façon pour la communauté de Commons de faire face à l’afflux de contenu est de faire en sorte que les fichiers qui ne sont pas acceptables sur Commons ne soient pas importés, et que chaque fichier acceptable et téléchargé soit parfait, de sorte que la maintenance ultérieure soit réduite aux minimum (idéalement, nulle). Pour cela, le formulaire de téléchargement recense de très nombreux cas de figure, sans se concentrer sur les plus courants. Puis, si l’utilisateur parvient à importer le fichier, il est souvent agressé par des messages automatiques lui indiquant que des informations sont manquantes (par exemple, il n’a pas ajouté de catégories permettant de classifier son image). En ce sens, Wikimedia Commons a perdu son côté wiki, c’est à dire un site où les erreurs ou omissions des uns sont corrigées au fur et à mesure par les autres.

Il est à espérer que les améliorations techniques qui vont être apportées par le projet Multimedia usability encourageront davantage de participants à s’impliquer dans la vie et la maintenance de Commons, et que cela entraînera également, à plus long terme, un changement de comportement des utilisateurs envers les nouveaux participants.

Êtes-vous sûr ?

Petit dialogue récurrent entre un utilisateur et un programme informatique :

— Je veux supprimer ce schmilblick. *clic*

— Êtes-vous sûr ?

— Évidemment que je suis sûr, je viens de cliquer ! *clic*

— Le schmilblick a bien été supprimé.

[2 minutes plus tard]

— Ah, mais en fait, non, ce n’est pas ce schmilblick que je voulais supprimer ! Comment annulè-je la suppression ?

— Ce n’est pas possible.

— …

Message aux développeurs qui n’ont pas la chance de travailler avec un designer / ergonome : Quand vous demandez confirmation avant une action, l’utilisateur va, dans 90% des cas{{référence nécessaire}}, confirmer. Tout simplement parce que ce genre d’avertissement est devenu tellement banal que l’utilisateur a pris l’habitude de confirmer sans y prêter attention. Et puis, si on y réfléchit un peu, demander confirmation est non seulement paternaliste, mais inutile : l’utilisateur n’a pas changé d’avis en une demie seconde.

En revanche, puisque l’erreur est humaine, prévoyez la possibilité d’annuler l’opération, dans la mesure du possible. Des générations d’utilisateurs vous béniront.

En un mot : rendez le programme résistant aux idiots, mais ne leur dites pas qu’ils le sont.