Actualités Wikimedia – 4 octobre 2009

Actualité chargée cette semaine. Au programme : Anh Đào Traxel (le retour), flashback, Internet à l’école, Internet et les réacs, Roman Polanski sur Wikipedia, Brion Vibber démissionne, et des infos techniques en vrac.

Presse et web

Anh Đào Traxel, le retour. J’avais abordé ce dossier il y a une dizaine de jours, suite à la publication de l’article du Parisien. Certains ont probablement trouvé que ça n’avait pas fait assez de bruit, donc maintenant on apprend que la fille adoptive de Jacques Chirac porte aussi plainte « contre Wikipedia », ce qui est bien entendu une absurdité. Quand quelqu’un se brûle suite au dysfonctionnement de son grille-pain, il ne porte pas plainte contre son grille-pain.

Flashback. Infos-du-net publie un dossier sur l’évolution de grands sites web en 10 ans. Wikipedia y est incluse, bien qu’elle n’ait que 8 ans et demi. Il est vrai que l’interface a bien changé mais, même si la route est libre, elle est encore longue. Pour un retour plus détaillé sur l’évolution de l’interface de Wikipedia au fil des ans, voir ma présentation donnée à Taiwan à l’occasion de Wikimania 2007 (page 5 et suivantes)

Images et droit d’auteur sur Internet. Je vous invite à lire un excellent article qui fait le point sur la réutilisation des images sur Internet. L’auteur y aborde abondamment les licences libres et Wikimedia Commons.

Internet à l’école. Un professeur du secondaire qui corrige des exposés découvre qu’une quinzaine d’entre eux sont des copier-collers (plus ou moins créatifs) de Wikipedia. Plutôt que d’entonner le refrain habituel anti-Wikipedia, il livre une analyse intéressante sur l’attitude à adopter à l’école face aux changements induits par Internet, et souligne que le rôle des professeurs est « d’apprendre [aux élèves] à apprendre ».

Internet et les réacs. LesInrocks.com ont publié un article très intéressant qui fait le point sur le mépris d’une large part des « élites intellectuelles » françaises envers Internet (et Wikipedia), accusé de pervertir la jeunesse, comme les bandes dessinées en leur temps. Un peu dans le même genre, ecrans.fr (qui publie d’ordinaire de bons articles) a publié une tribune intitulée Comment Google contribue au rétrécissement du savoir. Il n’y a pas grand chose à retenir de cette suite de généralités et d’affirmations péremptoires. L’auteur semble dépassé par le sujet qu’il tente d’aborder, et donc à côté de la plaque, comme l’indiquent d’ailleurs plusieurs réactions et les commentaires sur le forum d’ecrans.fr.

Roman Polanski. Les démêlés judiciaires de Roman Polanski ont largement débordé sur sa biographie sur Wikipedia. L’article sur Wikipedia en anglais a été figé temporairement en raison d’un désaccord éditorial entre participants (certains estimaient qu’il était davantage connu en tant que cinéaste, d’autres en tant que délinquant). La page de Wikipedia en français a été un peu plus épargnée, mais figée également un peu plus tard. Le gel de la page en anglais a été rapporté dans le Telegraph. Peu de temps après, une dépêche AFP sur le sujet a été émise en français ; la presse s’est alors déchaînée et a repris en masse la dépêche, souvent mot pour mot (je me demande au passage s’il est autorisé, du point de vue du droit d’auteur, de reprendre l’intégralité d’une dépêche AFP sans même la réécrire). Et pourtant, malgré cette avalanche d’articles (tous identiques), personne ne semble s’être demandé si le sujet, anecdotique, méritait d’être repris. En l’occurrence, j’y vois plutôt de l’opportunisme : les rédactions se sont dit qu’une dépêche couplant deux sujets polémiques (Polanski et Wikipedia) ne pouvait qu’attirer le chaland, même s’il n’y avait rien à dire. C’est vraiment affligeant que les media en soient réduits à ça.

Infos techniques

Brion Vibber. L’information technique de la semaine est le départ de Brion Vibber de la Wikimedia Foundation, où il occupait le poste de Chief Technical Officer. Il a récemment manifesté le souhait de se concentrer sur le développement logiciel. Brion va rejoindre StatusNet, Inc. en tant que chef développeur de StatusNet (anciennement Laconica), le logiciel de microblogging libre sur lequel repose identi.ca (comme Twitter, mais en libre, et en mieux). Il continuera à travailler un jour par semaine pour la Wikimedia Foundation jusqu’en décembre, afin d’assurer une transition en douceur. Le Wikipedia Weekly a consacré un double épisode à une interview de Brion.

Sauvegardes. Des sauvegardes de Wikipedia et des autres projets sont régulièrement publiées sur http://dumps.wikimedia.org. Depuis quelques jours, ces données sont également disponibles parmi les Public data sets d’Amazon, ce qui augmente la redondance des données en cas de souci technique majeur .

Usability. La deuxième version de l’apparence améliorée de MediaWiki est disponible. Baptisée Babaco, elle propose comme fonctionnalités principales l’affichage du plan de la page lors de la modification, et des assistants d’ajout de lien et de tableau. Pour activer ces deux outils, rendez-vous dans vos préférences utilisateur, onglet « Fenêtre de modification », et activez les deux dernières options de la page.

En bref.

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Êtes-vous sûr ?

Petit dialogue récurrent entre un utilisateur et un programme informatique :

— Je veux supprimer ce schmilblick. *clic*

— Êtes-vous sûr ?

— Évidemment que je suis sûr, je viens de cliquer ! *clic*

— Le schmilblick a bien été supprimé.

[2 minutes plus tard]

— Ah, mais en fait, non, ce n’est pas ce schmilblick que je voulais supprimer ! Comment annulè-je la suppression ?

— Ce n’est pas possible.

— …

Message aux développeurs qui n’ont pas la chance de travailler avec un designer / ergonome : Quand vous demandez confirmation avant une action, l’utilisateur va, dans 90% des cas{{référence nécessaire}}, confirmer. Tout simplement parce que ce genre d’avertissement est devenu tellement banal que l’utilisateur a pris l’habitude de confirmer sans y prêter attention. Et puis, si on y réfléchit un peu, demander confirmation est non seulement paternaliste, mais inutile : l’utilisateur n’a pas changé d’avis en une demie seconde.

En revanche, puisque l’erreur est humaine, prévoyez la possibilité d’annuler l’opération, dans la mesure du possible. Des générations d’utilisateurs vous béniront.

En un mot : rendez le programme résistant aux idiots, mais ne leur dites pas qu’ils le sont.

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Le métro de Toulouse parle occitan

metro toulouse 300x200 Le métro de Toulouse parle occitan

Métro de Toulouse

Le métro toulousain est un métro moderne ; avant chaque arrêt, une voix féminine annonce le nom de la station suivante à deux reprises. J’ai découvert il y a quelques jours que les annonces étaient maintenant également faites en occitan. Un article de La Dépêche explique que cela a lieu depuis la rentrée, et que c’était prévu depuis quelques mois.

Entre mes origines normandes, mon passage à la Réunion et mes sept ans dans la ville rose, je suis généralement sensible à la sauvegarde des langues régionales. Cependant, dans ce cas précis, je reste dubitatif.

Lors de mes visites à l’étranger, je n’ai pas trop de mal à m’orienter, car la signalétique est souvent en plusieurs langues : la langue locale, l’anglais, et éventuellement d’autres. À chaque fois que je reviens en France, je suis frappé par l’absence, au-delà des aéroports, de signalétique en d’autres langues. La première raison qui me vient à l’esprit est le protectionnisme linguistique français. Pour un Français, il est impensable qu’un grand film en prime time soit diffusé en version originale : il sera doublé en français. Les Néerlandais, en revanche, sont habitués à visionner la plupart de leurs films en version originale.

Toujours est-il que je m’attendrais à trouver à Toulouse des indications et signalétiques en anglais (lingua franca), en espagnol (en raison de la proximité géographique) et éventuellement en allemand. En ce qui concerne les annonces dans le métro, il n’est pas possible de traduire ; en revanche, la signalétique pourrait être « internationalisée » afin de faciliter l’orientation des touristes et visiteurs étrangers.

Les annonces en occitan donnent une touche « couleur locale ». Cependant, il est dommage qu’une telle initiative ait lieu, et que l’on continue à négliger les autres langues dans la signalétique et les panneaux d’information.

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Non, la fille de Chirac ne porte pas plainte contre Wikipedia

Le buzz d’aujourd’hui sur Internet concerne une plainte apparemment portée par Anh Đào Traxel, la fille adoptive de Jacques Chirac, contre « Wikipedia ». J’avais abordé ce dossier il y a une dizaine de jours, suite à la publication de l’article du Parisien. Le buzz d’aujourd’hui a consisté à reprendre l’information (Anh Đào Traxel porte plainte pour diffamation contre un internaute) et à l’arranger histoire qu’elle fasse plus de bruit (elle porte aussi plainte contre Wikipedia). Retour sur l’origine du buzz et sur sa propagation.

Les mauvais élèves, qui recopient des âneries

J’ai relevé les dépêches et articles suivants. Tous évoquent le dépôt d’une plainte directe contre Wikipedia.

Une partie de ces dépêches se base sur un article du respectable arretsurimages.net (@si), publiée à 9h49. Le problème, c’est qu’@si ne fait que reprendre les informations publiées il y a une dizaine de jours dans Le Parisien, qui ne mentionnent pas de plainte contre Wikipedia, mais une plainte contre l’internaute responsable de l’éventuelle diffamation en question. En revanche, l’article d’@si cite également un article du Post ; le lien fourni par @si permet d’identifier qu’il s’agit de la première version de l’article du Post, intitulé La fille adoptive de Chirac calomniée porte plainte contre Wikipedia. Je parle de permière version, car le Post va subrepticement modifier l’article au long de la journée.

Le titre de l’article original du Post est explicite : il annonce que la plainte est dirigée contre Wikipedia. Quelques heures après la publication de l’article du Post, David Monniaux écrit un e-mail à la rédaction du Post, en demandant des précisions. Il publie également un article à ce sujet, dont je recommande la lecture.

En réponse, vers 11h, Le Post renomme l’article (sans même avoir la délicatesse de répondre à l’e-mail) ; il devient S’estimant calomniée sur Wikipedia, la fille adoptive de Chirac porte plainte. On remarque la nuance ; d’une part, Le Post ne se substitue plus au juge en décrétant que Mme Traxel est effectivement calomniée. Par ailleurs, la phrase mentionnant une plainte contre Wikipedia est retirée. Le lien vers l’article original ne fonctionne plus.

L’article est de nouveau remodifié à 18h28 ; le titre devient alors un panaché des deux précédents : S’estimant calomniée, la fille adoptive de Chirac porte plainte contre Wikipédia. L’URL reste cependant la même. La phrase retirée en fin de matinée réapparaît magiquement :

Et on apprend ce jeudi 24 septembre que Maître Yassine Bouzrou va présenter un complément de plainte contre Wikipédia, auprès du Procureur de la République d’Evry.

Difficile de suivre toutes ces modifications… Au moins, pour les pages de Wikipedia, tout est transparent, puisque l’historique des pages permet de consulter toutes les modifications qui y ont été apportées, toutes les versions précédentes, ainsi que leurs auteurs.

On notera également que l’auteur de l’article du Post est Arash Derambarsh, un spécialiste du buzz, puisque c’est lui qui s’était autoproclamé « Président de Facebook » en janvier 2008.

Les bons élèves

Les bons élèves sont 01.net et Numerama. Numerama publie un article à 16h18 : Calomniée sur Wikipedia, la fille adoptive de Jacques Chirac veut réguler le Net. L’auteur semble avoir fait quelques recherches complémentaires et ne pas s’être contenté de recopier les camarades. Il dédie même deux paragraphes à expliquer les détails de la plainte :

Selon le quotidien, le couple aurait porté plainte contre X et contre l’auteur du message auprès du procureur d’Evry ; mais la plainte contre X vise probablement à identifier l’auteur du message, et il n’y a donc vraisemblablement qu’une seule et même plainte déposée.
[...]
Il est à remarquer qu’elle ne porte pas plainte contre Wikipedia lui-même, ce qui relève d’une certaine intelligence et compréhension d’Internet. Contrairement à un journal ou une encyclopédie traditionnelle, les articles publiés sur Wikipedia ne sont pas sous la responsabilité directe de l’éditeur, protégé par la loi pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN).

(L’emphase est de moi.) Et quand bien même une plainte serait déposée contre la Wikimedia Foundation (l’hébergeur de Wikipedia), elle serait sans objet puisque le contenu litigieux a déjà été retiré par des participants de Wikipedia.

L’article de 01.net est publié à 18h50 : La fille adoptive des Chirac poursuit un contributeur de Wikipédia. Les faits rapportés sont presque corrects. Il y a une légère erreur : l’auteur écrit qu’il faut créer un compte pour modifier une page ; c’est faux, tout internaute peut modifier une page sans créer de compte. 01.net cite également Julien Fayolle, l’un des bénévoles francophones de Wikimedia répondant aux demandes de la presse ; cela indique donc que 01.net a dû les contacter avant de publier leur article, afin de faire un minimum de recherches.

Un buzz qui s’emballe

Mais voilà, en fin de journée, il est trop tard. Le buzz a fait son effet, et l’information erronée navigue maintenant sur la toile. Détail amusant, l’article du Post était ce matin marqué comme « relu » et « vérifié par la rédaction du Post ». La deuxième version, corrigée, est retombée à l’état « brut », indiquant que l’information est « non vérifiée par la rédaction du Post » et que « l’opinion exprimée n’engage que son auteur ». De quoi inciter à la plus grande prudence quand vous lisez Le Post, même s’ils indiquent que leur information est « validée » et « vérifiée ».

De manière similaire aux blogs, les journaux ont l’habitude de se recopier l’un l’autre à la vitesse grand V. Personne ne veut passer à côté d’une info ; ils préfèrent généralement recopier des âneries plutôt que de se faire prendre de vitesse. Et puis, comme je l’écrivais plus tôt, il est de bon ton, en France, de dénigrer Wikipedia. La presse ne rate donc jamais une occasion de faire du bruit à ce sujet ; après tout, qui cela gêne-t-il ?

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La relève du maljournalisme est assurée

Je me tiens régulièrement informé de ce qui est écrit à propos de Wikipedia et de Wikimedia dans la presse et sur le web, notamment afin de rédiger ma rubrique Actualités Wikimedia. Ce matin, j’ai découvert un article presque anthologique, rédigé par « Maryse Tessier, 24 ans, journaliste pigiste engagée. »1 Il est présenté comme une analyse personnelle2, alors que le titre, L’encyclopédie Wikipedia est-elle victime de son succès, est une traduction mot pour mot de l’article de time.com que j’évoquais hier.

Je vous invite à lire l’article en question avant de lire mes commentaires3. L’article commence ainsi :

Naïfs sont ceux qui croient que la chevauchée enchantée de Wikipedia allait durer éternellement.

Ça commence bien. En une seule phrase introductive, une part non négligeable des internautes se fait qualifier de naïfs (ça fait toujours plaisir) et on a droit à une prédiction péremptoire boule-de-cristal. Par ailleurs, l’existence de Wikipedia depuis sa création en 2001 peut difficilement être qualifiée de « chevauchée enchantée » ; ce n’est pas parce que les articles de Wikipedia bénéficient, malgré eux, d’une excellente visibilité dans les moteurs de recherche, que le quotidien de Wikipedia est particulièrement glorieux. En particulier en France, où il est généralement de bon ton, parmi les élites intellectuelles qui ont voix dans les media, de mépriser cet outil qui permet aux masses de partager le savoir et qui salit la Vraie Culture.

Par ailleurs, il est mal avisé de prédire la mort de Wikipedia. En janvier 2007, Francis Marmande s’était fendu d’un article, méprisant au possible, dans Le Monde, dans lequel il prédisait que « dans deux ans Wikipédia aura[it] laissé une trace aussi indélébile que le hula hoop, le Teppaz et la Juvaquatre ». Nous sommes deux ans et demi après, et Wikipedia est dans le top 10 des sites web les plus visités au monde.

Depuis sa création en 2001, l’encyclopédie a cru de façon exponentielle, comme tout bon site que nous retrouvons sur le Web.

L’encyclopédie n’a rien cru du tout. Elle a crû, par contre. Orthographe à part, que comprendre de cette phrase ? Que tous les « sites » croissent de façon exponentielle ? Ou seulement les « bons » ? Que les « mauvais » sites ne croissent pas ? Encore des généralités pour masquer l’absence de recherche documentaire et d’analyse sérieuse.

Jusqu’à environ deux ans, les utilisateurs de Wikipedia ajoutaient, en moyenne, 2 200 articles par jour. La version anglaise du site a atteint trois millions d’articles en août, surpassant l’encyclopédie chinoise Yongle, vieille de plus de 600 ans.

D’où proviennent ces nombres ? Ah, toujours du même article de time.com, que l’auteur reprend sans citer la source.

Or, au début de 2007, la courbe de croissance de Wikipedia a atteint un plateau. Les utilisateurs sont devenus plus craintifs. Aucune modification n’était apportée, aucun article n’était créé. Wikipedia a finalement atteint un sommet en mars 2007. 820 000 auteurs.

Lis-je bien ? L’auteur affirme que début 2007, plus aucune modification n’était effectuée et plus aucun article créé. C’est tout simplement… faux ; et assez hilarant. Pas moins de 17000 nouveaux articles ont été créés sur Wikipedia en français en janvier 20074. Il y a toujours aujourd’hui plusieurs dizaines de modifications à la minute sur la seule version francophone de Wikipedia, et ce ne sont pas les créations de nouvelles pages qui manquent non plus.

Par ailleurs, il y a contradiction flagrante dans ces quelques phrases : l’auteur annonce que Wikipedia en anglais vient d’atteindre les 3 millions d’articles en août 2009, mais avance que Wikipedia ne croît plus depuis deux ans. Sachant qu’en janvier 2007, Wikipedia en anglais comptait environ 1,5 million d’articles, sa taille n’a fait « que » doubler en deux ans. Pas mal pour un site qui stagne.

Le nombre de participants est également sorti de son contexte. Les statistiques officielles de Wikipedia en français indiquent certes que le nombre total de participants tend à se stabiliser. Est-ce à dire que Wikipedia ne recrute plus de participants ? Bien sûr que non. Certains participants partent, d’autres arrivent, il existe une véritable dynamique (qui mériterait une analyse en profondeur).

Mais alors, qu’est-ce qui explique ce ralentissement? Une seule et unique explication subsiste.

C’est évident ; plusieurs facteurs ne sauraient entrer en compte. Après tout, on parle d’analyser le dynamisme d’un site web alimenté par des centaines de milliers de participants, et consulté par des millions d’internautes. Non, vraiment, il serait absurde de penser qu’un tel phénomène est soumis à l’influence de nombreux facteurs (humains comme technologiques). Il ne peut y avoir qu’une seule raison, et cette raison, l’auteur va nous la donner.

Wikipedia a atteint la limite naturelle d’expansion des connaissances.

Ben voyons. Ça y est, les copains, vous pouvez arrêter d’écrire. On a fini !

Plus sérieusement, l’auteur passe complètement à côté de facteurs cruciaux tels que :

  • l’évolution (qualitative) de la population de participants
  • la difficulté qu’ont certains participants avec l’outil informatique, et l’interface complexe de Wikipedia en particulier (d’où des efforts actuellement faits pour en améliorer l’ergonomie)
  • le passage d’une phase de croissance « exponentielle » à une phase de croissance plus faible, mais dominée par la maturation et l’amélioration des articles existants.

Et puis, quand bien même le nombre d’articles de Wikipedia se stabiliserait plus ou moins, en quoi serait-ce un signe que l’encyclopédie est « victime de son succès » ?

Au début, monsieur et madame tout-le-monde (pas des tit-clins, on s’entend) publiait des articles sur l’histoire de chaque ville du pays dans lequel ils habitent, sur les personnages d’une série télévisée, etc. À quoi peut-on, maintenant, s’attendre de plus? À des articles sur l’esotérisme?

Je passe sur la faute d’accord et sur le mépris de l’ésotérisme. Je signale par contre que de nombreuses villes attendent encore qu’on leur consacre un article digne de ce nom, qui ne soit pas qu’une simple accumulation de données statistiques générées automatiquement (il y en a encore plusieurs milliers rien que pour la France).

Toujours est-il que le fondateur de Wikipedia, Michael Snow, demeure confiant de la pérennité de son site. Selon lui, son encyclopédie est une ressource précieuse, un modèle de collaboration en ligne.

Soupir. L’appel aux bénévoles pour le plan stratégique, actuellement lié depuis toutes les pages de Wikipedia, est pourtant explicite : Michael Snow est le Président de la Wikimedia Foundation (Chair of the Board of Trustees) ; c’est Jimmy Wales qui est le fondateur de Wikipedia. Un minimum de recherche documentaire aurait permis d’éviter une erreur aussi grossière.

Toutefois, les problèmes rencontrés par l’encyclopédie montrent bel et bien les limites du Web 2.0. Après tout, lorsqu’une communauté idéalisée prend de l’expansion, elle risque de devenir dysfonctionnelle. Comme tout autre organisation.

Quels sont les problèmes rencontrés par l’encyclopédie ? Quelles sont les limites du web 2.0 ? Voilà les questions intéressantes ; voilà les sujets qui méritent d’être développés et qui sont suceptibles d’une réelle analyse. Malheureusement, elles n’arrivent qu’à la fin et ne sont pas développées au-delà des généralités péremptoires.

En résumé, cet article est du réchauffé immangeable dans lequel on a en plus fait tomber la salière. Un exemple classique de blog qui cherche à exister en faisant du contenu rapide bâti sur des généralités, des affirmations péremptoires et en négligeant les analyses de fond. L’auteur indique que son objectif est de « Se faire lire! » Au moins, c’est honnête. Ce n’est pas comme si l’objectif d’un journaliste était d’informer.

Notes et références

  1. J’avais décidé, dans un premier temps, de masquer le nom complet de l’auteur, afin de lui éviter de traîner cette boulette ; la mémoire de Google est impitoyable. Comme elle assume finalement son erreur, je l’ai restauré.
  2. Voir le microblog associé sur twitter « Wikipedia est-elle victime de son succès? Je me le demande… »
  3. J’ai changé le lien ; l’article a été supprimé quand j’ai indiqué mon article à l’auteur en commentaire. Elle est finalement revenue sur sa décision et a republié son billet, en changeant le titre, et en y ajoutant un complément à mon adresse
  4. Voir les statistiques officielles.
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