Anh Đào Traxel et diffamation sur Wikipedia
Le Parisien a publié un article sur le lancement d’une enquête pour diffamation dont la victime est Anh Đào Traxel, la fille adoptive de Jacques Chirac, et dont le médium est la biographie qui lui est consacrée sur Wikipedia. Je vais m’abstenir de conjecturer sur les faits, l’enquête est là pour ça. Je passe également sur les erreurs habituelles des journalistes, comme la propulsion de Julien Fayolle en « responsable de la Wikimedia Foundation », alors qu’il n’est que vice-président de l’association française des utilisateurs de Wikipedia.
Ce qui m’intéresse est la réaction de l’intéressée :
À travers sa plainte, la fille de cœur des Chirac veut faire bouger la législation autour d’Internet. « N’importe qui peut écrire n’importe quoi sur une personne dans le but de lui nuire et de la salir sans qu’il soit mis en place de système de contrôle, déplore-t-elle. Ce mal peut surprendre toute personne à n’importe quel moment et détruire ses actions ou son honorabilité. Une autorité de régulation spécifique à l’emploi d’Internet est plus que nécessaire à l’avenir. »
C’est typique : à chaque fois que quelqu’un fait les frais, sur Internet, d’un plaisantin ou d’une personne mal intentionnée, il en appelle à la mise en place d’un « système de contrôle », d’une « autorité de régulation ». Il serait temps de se rendre compte qu’il ne sera jamais possible de mettre en place une structure de contrôle a priori des publications sur Internet. L’éducation des citoyens ne se fait pas en restreignant leur liberté d’expression, mais en leur faisant réaliser que leurs actions ont des conséquences, que ce soit sur Internet ou ailleurs.
On entend régulièrement dire qu’« Internet est une zone de non-droit » (Nicolas Sarkozy, Christine Albanel); ce mythe est perpétué, souvent par des personnes peu familières avec Internet ou l’informatique en général ; et quand on ne connaît pas quelque chose, on en a peur. Internet est alors qualifié de « ‘Far West’ high-tech » (Nicolas Sarkozy), de « poubelle de l’info » (Alain Finkelkraut) ou encore de « tout-à-l’égout de la démocratie » (Denis Olivennes). En présentant Internet comme une jungle où la loi ne reigne pas, il est d’autant plus facile de faire avaler au citoyen des couleuvres aussi grosses que la loi « Hadopi » (mouture 1 ou 2, au choix). On en a vu un nouvel exemple récemment avec les réactions de l’UMP à propos du « buzz » médiatique autour du dérapage de Brice Hortefeux ; Jean-François Copé a parlé de la nécessité d’un « débat public sur la question d’Internet et de la liberté » et a déclaré qu’Internet était un « danger pour la démocratie ».
Or, le fait est qu’Internet n’est pas une zone de non-droit. L’enquête annoncée par le Parisien est la preuve que justement, les personnes mal intentionnées ne sont pas plus à l’abri sur Internet qu’ailleurs. De manière analogue, le plaisantin qui avait annoncé sur Wikipedia la mort de Philippe Maneuvre avait été retrouvé à l’issue d’une enquête, et je doute qu’il recommence de sitôt.
Mise à jour : Vous pouvez également lire l’article Non, la fille de Chirac ne porte pas plainte contre Wikipedia.
Ceux qui, à l’UMP comme ailleurs, utilisent l’Internet, et particulièrement Wikipédia, pour se faire une promo à bon compte se sentent-ils au moins vaguement concernés quand le Président parle de zone de non-droit ?
Je me souviens de cette histoire de plaisantin qui a annoncé une fausse mort… On l’a retrouvé, d’accord. Mais quand on voit ce que des personnes telles que Mario Scolas peuvent faire sans que quelque chose soit fait, j’ai l’impression — à première vue — qu’internet est effectivement une zone de non-droit, et que seules les personnes influentes et soutenues ont le pouvoir, le temps, la motivation de faire quelque chose.
Donc certes, je déplore la réaction (un chouïa disproportionnée) des personnalités face à ce qu’ils perçoivent d’internet, mais je suis un peu d’accord avec eux. D’ailleurs, est-ce qu’un procès a déjà été fait/gagné pour violation de licence GFDL/CC ? Je sais que l’on a des exemples pour la GPL, aux États-Unis, mais c’est tout.
Tu dis que « seules les personnes influentes et soutenues ont le pouvoir, le temps, la motivation de faire quelque chose ». Le point clé, ici, ce n’est pas, à mon avis, l’influence ou le pouvoir (même si j’admets que ça joue) ; la pierre angulaire, c’est la motivation. Les personnalités ont une excellente raison de faire quelque chose : ils sont sous les projecteurs et veulent contrôler leur image. Ce n’est pas le cas des « petites mains » de Wikipedia. Ça se voit d’ailleurs très bien avec Mario Scolas : il suffirait d’un Wikipédien pour lancer la machine (même si ce serait probablement mieux si plusieurs Wikipédiens, éventuellement soutenus par un « chapter » Wikimedia, portaient plainte). Mais pour les Wikipédiens, le gain possible (en finir avec les abus de Scolas) ne vaut pas les embêtements d’une procédure judiciaire. Pour une personnalité, le jeu en vaut la chandelle.
N’importe quel kiosque à journaux est à lui seul une « poubelle de l’info ».
Oui, bon… En même temps, c’est du Alain Finkelkraut. Il ne fallait pas trop en espérer non plus.
Damn, on ne peut pas voir la chronologie des events, l’historique ayant été purgé dans [[Anh Đào Traxel/diffamation]]. Ca fait bizarre de ne pas avoir les droits d’admin pour satisfaire ce genre de curiosités ><
Dans cette histoire, Mme Traxel recherche le buzz.
La purge d’historique a été faite suite à l’article du Parisien (voir la demande de purge). L’affaire aurait pu se régler beaucoup plus discrètement, mais ce n’est visiblement pas le choix qui a été fait.
« L’affaire aurait pu se régler beaucoup plus discrètement » Oui, mais le savait elle? Il est probable que cette dame n’avait pas la moindre idée de ce qui pouvait être fait sur wikipedia. Quand on voit les bêtises écrites par des journalistes qui sont censés potasser un minimum leurs sujets, il ne faut pas s’étonner que Madame Michu ne s’y connaisse pas plus.
De manière générale, si les auteurs d’ »informations fausses » sur wikipedia sont retrouvés, et que l’on en parle dans les média, ça va peut être mettre du plomb dans la tête de certains qui n’imaginent pas les conséquences possibles de leurs blagues sur wikipedia.
Évidemment, porter plainte, convoquer la presse, ça enlève immédiatement les assertions fausses dans Wikipédia. Il ne faut as être trop naïf non plus. Il y a des tas de gens qui trouvent très bien le lien « Wikipédia:Contact » qui est sur la page d’accueil pour faire rectifier leur biographie.
Bravo pour votre confiance dans le système mais tout le monde n’a pas une filiation de marque comme comme Mme Anh Đào Traxel et je peux vous assurer que nombre de gens sont diffamés sur Wikipédia sans avoir aucune chance d’avoir un soutien médiatique et d’obtenir réparation devant un tribunal (ça coûte de l’argent et c’est plus qu’incertain). Wikipédia n’est absolument pas un espace de liberté d’expression, des gens y sont cencurés chaque jour pour oser critiquer le comportement de certains administrateurs et contributeurs, notez aussi le mépris pour la plainte de Mme Anh Đào Traxel: lire http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Le_Bistro/24_septembre_2009#Plainte_contre_Wikip.C3.A9dia
BT
Cher Bernard T. Comme je l’ai indiqué en commentaires, ce sont souvent les personnes ayant un « soutien médiatique » qui sont les plus motivées pour engager des procédures légales, tout simplement parce que le fait qu’elles soient sous les feux des projecteurs les rend plus vulnérables à l’atteinte à leur image. J’ai personnellement été diffamé sur d’autres sites internet, mais je n’ai pas porté plainte, tout simplement parce que leur audience est confidentielle.
Concernant la deuxième partie de votre commentaire, je ne saisis pas vraiment le lien. Quel est le lien entre des gens diffamés et la liberté d’expression de ces mêmes personnes ?
Pour finir, le lien que vous indiquez mène à une discussion entre participants de Wikipedia à propos d’un buzz médiatique qui a eu lieu aujourd’hui ; j’y suis revenu en détail dans un article dédié.
J’ajoute que si les Wikipédiens prennent la plainte avec légèreté, c’est parce qu’ils ont pris les devants en effaçant au plus vite tout ce qui devait l’être. Donc la loi protège les participants réguliers, et permet de condamner l’auteur des propos diffamatoires, ce qui n’ennuie pas du tout les autres participants.